lundi 1 juin 2009

Le sens de l'information




En américain, on dit breaking news. En français édition spéciale.
A écouter et à regarder hier la télévision, je me faisais cette réflexion : et si on y voyait la nature profonde du métier de journaliste.
Quand l'écran des chaînes toutes infos se pare d'un joli bandeau rouge "édition spéciale", que les spécialistes se succèdent, qu'on fait le tour des correspondants, c'est qu'on n'a rien à dire. C'était étonnant à quel point tous ces gens qui parlent n'ont pas d'informations, au sens propre, à délivrer.
hier soir sur i télé ou bfm tv, comme une rengaine, une sorte de litanie, on entendait en boucle, comme tournent les derviches : "pour le moment on ne sait rien".
Avant, on se receuillait devant les morts. aujourd'hui, face à la catastrophe, face au dieu technologie qui se dérobe ("mais qu'avons nous fait pour mériter ça, semblent dire tous les commentaires"), c'est le bruit fait pour rassurer les vivants qui accompagne les morts. un bruit inutile et vain. une tentative d'explication, pour se rassurer "notre société technique est la meilleure, c'est la plus forte"...


Mise à jour 8h22
ce matin sur france inter jean louis borloo répondant à une question de nicolas demorand "que sait on sur l'accident ?", a répondu "rien de plus qu'hier"...

lundi 11 mai 2009

morandini a un inconscient

et quelquefois il parle ..
sur le site internet du point, emmanuel berreta, le journaliste média de l'hebdomadaire revient sur la baisse d'audience du programme de jean marc Morandini. pour lire l'article on cliquera là :
"L'actualité de la télévision a perdu de son intérêt depuis que les séries et les films se sont substitués à la téléréalité. Il n'y a plus assez de polémiques et d'histoires, déplore-t-il. Avant, on remplissait facilement une heure trente de programmes. Aujourd'hui, on peine à remplir une heure."

J'aime bien la franchise de cette approche de l'actualité et donc du journalisme.
l'intérêt d'une information, si j'ai bien compris, c'est si elle est capable de faire du buzz, de créer des débats

que les débats soient ou non intéressants.

Justement je l'écoutais aujourd'hui pour la première fois depuis longtemps. c'est étonnant comment la moindre polémique le rend enjoué. sa voix change..
je regrette que la cinq n'existe plus. il aurait merveilleusement bien remplacé jean-claude bourret et ses débats avec enquêtes d'opinion aux résultats improbables..

collision


Cela fait longtemps que je n'ai pas alimenté le blog. deux feuillets par jour, c'est pas si simple que ça quand on en abat déjà quelques-uns dans la journée. Et l'impression diffuse que la vie est ailleurs. Qu'être devant un écran, ça fait justement écran entre le monde et moi. Comme une envie d'immédiateté, de faire fi des intermédiaires..

Voilà pour l'humeur..

Récemment, invité par une entreprise qui présentait ses résultats. Cadre plutôt luxueux, nourritures exquises et le jeu habituel. L'invitant n'a qu'un but : faire avaler en même temps que le gaspacho d'artichaut SA vision des résultats de son entreprise. Le discours a été préparé, les réponses sont blindées.. la routine. En l'espère, je m'en fichais un peu, j'étais surtout venu pour voir. je savais que je ne ferai pas d'articles sur le sujet... ce genre de rencontres sert aussi à tisser un réseau de connaissances. le jour venu, quand une actualité chaude a lieu, on peut espérer interviewer directement le pdg car il vous connaît.. c'est ça le métier de journaliste aussi..
En l'espèce, l'hôte est intelligent et drôle. il a bien compris qu'il ne servait à rien de trop blinder. il reconnaît des difficultés dans tel ou tel secteur avec une franchise étonnante, en tout cas qui n'est pas la norme... on passe à l'entrée après le potage, les tableaux de chiffres se succèdent et les interlocuteurs s'enchainent : directeur financier, responsable commercial, directeur général... et alors qu'on commence le pavé de poisson à la plancha la phrase tombe comme un cheveu dans la soupe : "face à la crise nous avons réduit la masse salariale".. et d'enchainer sur le niveau de la trésorerie "une bonne nouvelle". je reprends du vin, un bordeaux rouge, j'écoute le bruit des fonds des résultats financiers, les pronostics des uns et des autres sur la sortie de crise les questions des confrères autour de la table.. et alors que le dessert arrive - somptueux comme le reste, splendeur visuelle et raffinement du goût doit écrire le traîteur sur son site Internet - la réduction de la masse salariale me revient. et le décalage avec nos agapes.
L'image de l'employé licencié,ou dont le contrat n'a pas été renouvelé me saute à la gueule. J'imagine ses courses chez le hard discounter (c'est plus chic qu'épicier du pauvre). D'autres images claquent devant mes yeux. l'enfance, mes parents sûrement un peu serrés en fin de mois, les dîner où on mangeait des sardines à l'huile et des pâtes (mes deux plats préférés aujourd'hui encore).. parce qu'on "réduisait déjà la masse salariale".
avec le café, il y avait de mini macarons, parfums version originale. Un vrai délice, plus élaboré que la sardine à l'huile. J'ai été bien élevé, je suis parti en serrant la main du président de la société. Un homme de petite taille, autodidacte, qui doit aussi avoir connu des repas frugaux en d'autres temps. Entre-temps, un accident cardiaque l'a ratrappé et lui interdit alcools et les mets trop sucrés m'explique-t-il, alors que je le remercie de son hospitalité.
Marchant dans les rues cossues du XVI arrondissement, à la recherche de mon vélo attaché à un arbre, je suis la prise d'idées contradictoires. Le ciel d'avril est d'un bleu optimiste. J'enjambe ma bicyclette, prends l'avenue d'iéna. L'air est décidément doux. L'optimiste est de mise... Arrivé à la rédaction, j'ai pris ma décision : je ne fais pas d'articles sur les résultats financiers. l'argent du repas sera perdu pour tout le monde.

dimanche 8 mars 2009

vocabulaire (question de)

la poule caquette, alain minc pérore

dimanche 22 février 2009

un chant crépusculaire avec (un peu ?) d'espoir



Les éditions Grasset sont de petits coquines. ELles vendent 11 euros le voyage dans le passé de stefan Zweig, avec cette astuce vraiment finaude : pour faire genre "on vend un livre un vrai", ils publient à la suite de la nouvelle traduite, le texte en allemand, le tout avec une préface plus qu' indigente.. (il ne me semble pas y avoir lu quand elle avait écrite... le héros va au Mexique, a-t-elle écrite lors de l'exil à mexico de Zweig là où il s'est suicidé ?)
Pourtant un inédit de zweig c'est pas rien, surtout quand il est aussi sublime que ce voyage dans le passé.. J'ai longtemps pensé (aujourd'hui je suis moins à avoir des avis aussi définitifs) que le joueur d'échecs est le plus grand livre écrit sur la solitude.
Si j'aimais encore ce genre de formules "le plus grand livre sur", le voyage dans le passé est peut être sinon le plus grand livre sur le désir, du moins le plus boulversant.
Voyageant avec son amant, la discrète héroïne hésite à descendre du train qui les amène dans une ville où ils vont enfin (?) vivre leur amour. Ce périple en train est donc comme l'acmé de la nouvelle. Au moment de descendre elle hésite et à cette phrase sublime : "Cest dommage. c'était si beau. on est allé si vite. J'aurais aimé que ça continue des heures et des heures". dans son contexte la phrase est pour le moins paradoxale, les deux amants ne se sont pas vus depuis plusieurs années.
Contraiterement à ce que pense mon amie Anne G., je ne crois pas que ce soit un texte inachevé. Certes, on ne sait pas ce qu'il advient des personnages. mais cette nouvelle a des allures de pastel. les couleurs s'estompent déjà.. la tonalité est crépesculaire on sent comme jamais chez zweig le poids du temps, Zweig n'y convoque pas pour rien les fantômes..
Si le texte n'est pas clos, j'ai envie de croire que c'est parce que Zweig voulait encore croire, que le passé peut se rattrapper, qu'il avait encore un peu d'espoir.

Sur ce texte, j'aurais aimé que les éditions grasset nous livrassent à défaut du texte allemand, une analyse d'un connaisseur distingué de Zweig. A la lecture, il m'a semblé avoir noté quelques faiblesses, quelques clichés dans l'écriture, qui ne sont pas dans l'habitude du grand Stefan. Zweig a-t-il relu son texte ? A-t-il pu le corriger ? je serai tenté de répondre non...

Cela me donne envie de parler d'un de mes personnages préférés de la vie littéraire : Max Brod (ou Bord je ne sais plus). Il était l'ami le plus fidèle de Kafka, et vu comment était Kafka, être son ami fidèle est une grande chose.
A la mort du génie tchèque, Kafka avait demandé à son ami de brûler tous ces textes. je crois me souvenir que Kafka n'avait jamais rien publié. On connaît donc son oeuvre géniale grâce à la trahison d'un ami. et je me demande toujours aujourd'hui (j'ai lu le procès j'avais moins de 20 ans), si le fait d'avoir porté à la connaissance du plus grand nombre l'Oeuvre de son ami mort pardonne d'avoir manqué à sa parole.
A-t-on le droit de trahir les grands écrivains ? Ne s'appartiennent-ils plus ?

lundi 9 février 2009

Le Je Nous s'éclaire

L’an dernier a paru un livre que je voulais lire (ça tombe bien pour un livre) et puis la vie… pas besoin de faire un dessin. Il y a ce qu’on voudrait faire et ce qu’on fait. Il n’en reste pas moins que le titre - Qui dit je en nous ? de Claude Arnaud - me plaisait beaucoup, comme L’avenir dure longtemps d’Althusser… Quand un titre est aussi génial on a toujours peur de ne pas trouer un livre à la hauteur.

Par le plus grand des hasards, je viens de lire deux fictions parues aux éditions verticales qui font écho à ce titre. Ce n’est sûrement pas un hasard, tant verticales n’est pas une maison de hasard mais un lieu où la pensée est.. pensée et la littérature considérée.
A ma gauche Ma solitude s’appelle brando d’Arno Bertina ; à ma gauche La parenthèse espagnole de Sylvie Gracia. A l’écriture fragmentée de l’un (arno bertina) répond le chœur à une voix de l’autre (sylvie gracia).
Bertina fait le portrait d’un vieil oncle par touches, montrant très bien comment le portrait d’une personne particulière n’est pas séparable de celui d’un groupe, en l’espèce sa famille. Comment il ne saurait y avoir d’oncle rebelle sans la famille bourgeoise, comment l’un et l’autre sont l’envers et l’avers de la même pièce (du théâtre de nos identités ?). ..
Sylvie Gracia choisit le monologue ou le récit d’un homme. Un texte écrit à la première personne. Au fil des pages, pourtant, le Je n’est plus. Il n'est que dans la mesure où il est charnière. Il est son grand père et son amour de jeunesse, il est les républicains espagnols transmis de la mémoire familiale et le père d’adolescentes. Le Je qui écrit au présent est-il encore celui qui vivait hier.

Je me souviens alors de mes études d’économie. On y étudiait les deux grands paradigmes des sciences humaines l’individualisme versus le holisme. Pour faire vite, d’un côté la théorie libérale qui ne reconnaît que des individus , de l’autre les approches à la marx où l’on étudie les grands mouvements de l’Histoire, où l’individu n’a pas d’autre place que celle assignée par des mécaniques qui le déplacent (c’est un lapsus mais il est beau, je le laisse, je voulais écrire dépassent). Macro contre micro, partie contre le tout…

Ce que ces deux récits démontrent finalement :
- c’est qu’il n’y a pas de je sans un nous (Bertina).
- Quand j’écris moi, je parle toujours d’un nous (gracia)

Rimbaud disait Je est un autre
Gracia et Bertina lui répondent avec grand talent : Je est un Nous.
Et vous ?

lundi 2 février 2009

mauvais esprit


Notre président parlera jeudi à la télévision pour nous "expliquer les réformes" entends-je un peu partout quand je ne le  lis pas..
j'aime beaucoup cette idée. il nous explique parce qu'on ne comprend pas

sinon je conseille d'écouter la dernière demie heure des matins de france culture ce jour. il faut écouter marin karmitz : il mérite le molière du meilleur one man show comique. figurez vous qu'à en croire le grand homme du cinéma que le monde entier nous envie, que la loi sur l'audiovisuel décidé il y a un an sauve la télévision publique qui aujourd'hui à cause de la crise économique rencontrerait une grave crise...

j'adore ce genre de mélange des temps. le plus beau d'entre tous est de woody allen assurément "si christophe colomb n'avait pas existé, jfk ne serait pas mort"

CQFG
merci marin